unboutdemoncerveau

Insane in the mem-brain.

L’odeur de salon du socialisme (Engels)

« Et cependant, lorsqu’il parut, nous n’aurions pas pu l’intituler Manifeste Socialiste. Sous ce vocable de « socialiste », on groupait en 1847 d’une part les tenants des différents systèmes utopistes : owenistes anglais, fouriéristes français – l’un comme l’autre s’étant à peu près réduits jusqu’à n’être plus que des sectes moribondes – et d’autre part les divers charlatans du socialisme, qui parlaient de supprimer les inégalités sociales de toutes natures, avec toutes sortes de compilations inoffensives pour le capital et le profit. C’était là des gens qui vivaient hors du mouvement ouvrier et qui cherchaient plutôt l’approbation des « classes cultivées ». (…) En 1847, le socialisme avait, au moins sur le continent, une odeur de salon – le communisme était exactement le contraire »

Friedrich Engels, dans la préface de l’édition anglaise du Manifeste du Parti Communiste de 1888

Back to basics.

(La critique ne sera jamais aux fascistes)

rose

Publicités

TEST : Êtes-vous un-e ‘terroriste’ ?

Peur BFM qui s’empare de moi lorsque je regarde ladite chaîne. Les lacrymogènes et les coups sont grassement distribués à qui se trouve malencontreusement sur le chemin des gardiens de la paix. La télévision en montre une petite partie qui suffit à me faire décoller d’inquiétude pour mes proches, ou pour les gen-te-s, en général. J’avais ressenti la même chose dans mes tripes pendant les moult attentats, peurs irrationnelles, peurs causées par la montée en graine médiatique mais peur, aussi, de la violence et de la mort.

Alors, l’État d’urgence ? A son institution, l’opposition de base, c’était le ‘Eux’ et le ‘Nous’, le choc des civilisations, la désignation d’un ennemi fantasmagorique. L’État d’urgence, et les moyens militaro-policiers qui lui étaient associés, allaient ‘nous’ protéger contre ‘eux’, malfaiteurs de préférence barbus, armés et coloured. Une seule image mentale du terroriste, une photo de Salah Abdeslam ou la poupée de Ben Laden dans les Guignols. ‘Eux’ et ‘Nous’, opposition artificielle s’il en est, parce qu’il n’y a pas deux civilisations, ni même ‘la’ Civilisation contre la barbarie. Car il vaut mieux se draper dans la Civilisation pour masquer sa propre barbarie, sa propre injustice sociale. ‘Eux’ et ‘Nous’, opposition artificielle qui visait (et avait?) un effet : l’Union Sacrée, l’Esprit du 11 Janvier, mais cette fois, perpétuel et assorti d’une exclusion de celles et ceux qui ne ressemblent pas assez à l’idée du ‘Nous’. Racisme et stigmatisation. Après plusieurs mois de cette union sacrée, les clivages politiques, déjà bien minces, semblaient s’être dissolus dans la lutte anti-terroriste. Libéré des carcans de ses principes, libéré de ses frontières politiques ultimes, le gouvernement décide de faire sa loi Travail et de réprimer violemment tout mouvement de dissension.

union

« L’Union Sacrée » avant.

l’État d’urgence alimente cette scission du monde pour mieux opérer. Mais il vise plus largement à repérer toute dissidence et à la faire taire. L’Union Sacrée ne peut perdurer d’elle-même, il faut la soutenir par la répression, au moins en apparence. L’État d’Urgence donne des possibilités infinies à celles et ceux qui sont garants de l’ordre et de la tranquillité publics. Que signifie la comparaison systématique des ‘casseurs’ avec des ‘terroristes’ et la focalisation obsessionnelle des médias, et même parfois des citoyens sur ces ‘groupes’ minoritaires ? Il y a toujours eu des ‘casseurs’ dans les médias. Mais les ‘casseurs’ (comme figure médiatique) d’aujourd’hui ont un goût de terreur et de saccage qui masque davantage les revendications politiques. La comparaison s’étend à l’ensemble des personnes mobilisées : le flash-ball touche n’importe qui dans la foule. Que signifie l’usage du terme de ‘radicalisation’ pour qualifier le mouvement, et mieux encore, la CGT, une organisation syndicale légale et historique ? Ils (gouvernement/médias/MEDEF) sont presque prêts à parler de « cégétéisation » d’une frange de la population. Enfin, que peut-on déduire de cet état de guerre qui caractérise toutes les manifestations depuis plus d’un mois ? C’est aujourd’hui systématique: aucune manifestation ne se passe bien, aucune manifestation n’arrive à son terme, aucune manifestation n’est pas dispersée ou close par des affrontements. C’est l’état d’urgence a semé la guerre. Et ce n’est pas une guerre de civilisation mais une guerre contre le peuple.

« L’Union Sacré » maintenant :

l’État d’urgence, ce n’est pas la lutte contre ‘Eux’ pour protéger le ‘Nous’ mais la guerre tout court ! En acceptant l’État d’urgence, on acceptait la surveillance et la suspicion généralisées, la possibilité de voir réduites ses libertés sur simple accusation, même la plus en l’air. C’est une lutte contre l’Ennemi Intérieur : pratique policière héritée de la guerre d’Algérie, elle dit garantir la sécurité en comprimant l’ensemble de la population, et en en extrayant les éléments les moins conformes. l’État d’Urgence ne protège que les intérêts les mieux établis en empêchant toute forme de contestation, sous peine de rejoindre la catégorie des terroristes, honnie de tous. Et on le voit particulièrement bien dans le mouvement social actuel : répression, violences, blessures graves et moins graves, mutilations sans possibilité de recours ou de procès, tirs dans le tas, encerclements et nasses, mais aussi, interdictions de manifester, assignations à résidence (pour une COP21 où rien d’autre que des intérêts dominants n’ont été autorisés à s’exprimer et ce, absolument assumé !), arrestations arbitraires… Voilà ce que c’est l’État d’Urgence et voilà ce que c’est qu’un ‘acte terroriste’ (selon la dernière Loi votée en 2016)  : « une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». Quelle définition plus large !

Le gouvernement en a fait des tartines avec sa ‘guerre’ qui s’imposait au ‘Nous’.  Mais c’est sa politique qui sème la ‘guerre’ : politiques de conflits à l’international et politiques de répression sur son propre territoire. C’est le gouvernement, à travers ses gardiens de la paix, qui sème la terreur, qui cherche à l’implanter pour que le mouvement se vide. Chaque déclaration de Valls résonne comme une déclaration de guerre.

Il n’y aura pas d’Union Sacrée avec les intérêts des classes dominantes, pas d’Union Sacrée avec les nouvelles exigences du capitalisme en matière de travail. Et ce refus engendre irrémédiablement la répression aveugle de celles et ceux, toujours plus nombreux, qui s’associent à ce mouvement.

Faites attention à vous et aux membres de vos cortèges, actions, blocages. Mais c’est bien le moment d’y aller.

Je vous jette cordialement ma canette de 8-6 vide à la tronche (pas à toi, gentil-lle manifestant-e)

86

Les filles, vous avez foutu une sacrée merde !

Bonjour. Aujourd’hui, je vais vous raconter une petite histoire, à vrai dire une anecdote, à partir de laquelle nous pourrons tirer multiples interprétations – laché vo coms -. Ce récit, situé mais pas moins vrai, permet en effet de saisir – entre autres – 1) les différents registres sexistes mobilisables au cours d’un même événement 2) du coup, les différentes définitions et assignations qui pèsent sur les protagonistes féminines de l’évènement 3) une occupation des espaces publics bien délimitée par le genre qui a des effets sur les réactions de tous les protagonistes. Même si ce texte, par endroits, se veut humoristique (et j’espère que vous le percevrez), sachez que ce n’est nullement une caricature. Le ton de la blague est satirique, ironique… dépité.

police-polonaise

Coucou, tu veux voir ma bite ?

Vendredi soir, avec ma copine Enf [oui, vous allez devoir vous habituer à ce prénom étrange car il reviendra plusieurs fois dans ce texte], nous allons dans un bar, dans une petite ville. Le bar lui a été conseillé par un autre jeune, au cours d’un covoiturage. Et, en effet, le lieu est très sympa : tout en bois, il ressemble à une taverne (en très éclairé, ce qui ne lui donne pas un côté glauque), c’est un peu petit, familial, ça rigole bien à l’intérieur. Il n’y a pas de tables libres, ni de places assises. Comme on a très envie de rester dans ce bar, nous nous accoudons au comptoir et commandons deux bières. Nous n’avons pas dit deux mots que, déjà, notre voisin de genre masculin nous interpelle pour trinquer avec nous. Bon, ok, c’est quand même sympa à lui de nous souhaiter la bienvenue, on trinque avec lui. On échange quatre mots de plus. Un type très grand à l’air tout à fait saoul s’assoit sur un siège à côté du bout de comptoir où nous nous trouvons. Il le fait dans le fracas le plus total, sa psychomotricité étant réduite à néant et sa grande taille n’arrange rien. Notre conversation cesse lentement, on essaie de continuer mais ce n’est pas facile, avec un grand dadais soul qui a perché sa tête entre nous deux et qui nous regarde fixement, l’œil vitreux. Ma copine Enf étant sympa, ce qui fait d’elle une amie en or, elle essaie d’engager un peu la conversation : « Mec, ça va ? Tu veux boire un verre d’eau ? ». Le type grogne quelque chose d’inaudible puis demande, pour le coup assez distinctement, un shooter de vodka au barman. Puis, il dit à ma copine qu’elle est belle. Il la touche. Je lui dis alors que ma copine n’est pas un objet dont il peut se saisir, comme ça, parce qu’elle est plantée là dans un bar. Mais à en juger la profondeur de son regard… il n’a pas compris. Ou fait genre. Bref, le fait est qu’on se casse fumer une clope en laissant nos bières sur le comptoir parce que ça va juste pas être possible de continuer cette soirée comme ça.

  • MC [moi] : Non mais Enf, là, le mec, il te prend pour un objet. Il dit qu’il aime les belles meufs et qu’il aime baiser les belles meufs, c’est on ne peut plus clair, quoi. Pourquoi tu lui demandes s’il va bien ?!
  • Enf : Ben j’sais pas, il est bourré… Bon, ouais, vas-y, on l’envoie chier. C’est juste que je suis pas habituée, d’habitude, c’est à toi qu’on dit ce genre de trucs.
  • MC : Dommage, t’es bonne aussi. Moi, j’ai pas réagi parce que je croyais que t’allais réagir !
  • Enf : Ouais, ok, on re-rentre, on prend nos verres et on se fout ailleurs.
  • MC : all right !

Donc nous re-rentrons dans le bar, prenons nos verres et nous foutons ailleurs, en fait, à l’opposé, dans un recoin près d’une table. C’est un peu isolé mais on se sent en sécurité. Que nenni. Moins de vingt minutes après notre déménagement, Grand Type nous repère et s’avance vers nous. Apparemment, ce type est connu pour être un gros relou, dixit les habitués du bar. Mais pourquoi bon sang est-il encore là, comme un prince ignoré dans son domaine ? [parce que le mec se promène like-a-sir, vraiment, mais personne ne lui parle]. Comme il s’approche, un autre type avec qui nous avions échangé vite fait (et que nous appellerons Gonzalo) surveille du coin de l’œil. Je signifie au grand type d’arrêter de nous suivre et de nous lâcher la grappe, sur un ton très directif. Suite à quoi, le grand monsieur n’est pas content et commence à maugréer. Gonzalo s’approche pour l’éloigner de nous. Suite à quoi nous pouvons entendre quelques fragments savoureux de leur conversation, que nous retranscrivons ici.

  • Grand type : Non mais ça, moi, ça m’intéresse pas. C’est pas des femmes, ça, c’est des résidus de femme. Moi, je connais une femme, en Corse, elle m’envoie des photos d’elle, elle est déshabillée…
boriiis

[accent russe] Borrris, pas content ! Borrris va tous vous péter la gueule !

MC gueule quelque chose d’à cheval entre la surprise et l’indignation totales. Gonzalo l’éloigne encore plus, Enf s’approche de Gonzalo. Comme il est en train de discuter avec Gonzalo, à qui il semble reconnaître davantage de facultés puisqu’il ne nous regarde même pas, je pars fumer une cigarette. C’est alors que le grand type s’approche d’Enf, sans prévenir et lui dit :

  • Grand Type : Vous êtes connes et chiantes !
    Enf [un brin moqueuse] : En quoi ça fait de nous des personnes connes et chiantes de ne pas vouloir baiser avec toi ?
    Grand Type : Mais qu’est-ce que tu… J’ai pas parlé de ça… Je… Vas-y, glousse encore !
    Enf : HAHAHAHAHA ! [gloussement jaune, vous l’aurez constaté]

Sur ce, Grand Type entre dans un caca nerveux en fusion et se poste de toute sa grandeur devant Enf qui est alors coincée entre le mur, derrière et lui. Alors, elle le pousse. Grand Type s’énerve et pousse Enf. Grand Type essaie de débuter une bagarre avec Enf qui est très en colère. Mais Gonzalo est toujours là, il se jette héroïquement entre eux et prend en charge Grand Type. Il se retrouve tous deux au sol en train de s’écharper tandis qu’Enf essaie de dégager Gonzalo pour reprendre la main sur SES affaires. Mais bon, tout le monde dans le bar commence à se jeter sur les belligérants, à les séparer : Grand Type est banni et les gens se calment. Je reviens dans le bar – et vous aurez apprécié ce point de vue parfaitement omniscient -. Je suis excessivement choquée. En plus, Gonzalo fait la gueule car il trouve que la violence, c’est mal.

  • MC : Mais tu crois pas que c’était nécessaire, dans cette situation ?
    Gonzalo : Ouais mais, quand même, ça sert à rien. En plus, tout le monde va me prendre pour un violent alors que c’est pas le cas du tout…

Voilà Gonzalo préoccupé par sa réputation dans le bar… mais qui, dans le fond, ne regrette pas son geste. « Moi, je peux pas laisser faire ça. Parler comme ça à une femme, c’est pas possible. Je peux pas laisser faire ça, j’ai été élevé par une femme, si t’agresses une femme, je… je suis obligé de réagir ! ». Gonzalo est très gentil. Mais il répond au sexisme par une autre forme de sexisme, qui consiste à faire des personnes assignées femmes, des personnes fragiles du point de vue de la constitution physique et qui ont donc besoin de protection, de préférence masculine. On retrouve d’ailleurs ici la figure de la maman qui, comme la figure de la sœur, peuvent participer d’un registre familial sexiste objectifiant tout autant les personnes, ou plutôt les ramenant à une fonction nourricière sacrée que l’homme, en tant qu’homme, doit protéger.
Pour nous, c’est bien évidemment politique, ce qu’on lui explique : il est réceptif et c’est cool. Il arrête progressivement de tomber en dépression pour faits de violence (mais on a quand même dû fortement le consoler). Suite à ça, plusieurs hommes viendront nous parler dans la soirée.

  • Homme lambda 1 : Ben dis-donc les filles, vous avez foutu une sacrée merde ! [rires]
    Homme lambda 2 : Mais en fait, t’es féministe ? Communiste ?
    Homme lambda 3 : Vous êtes pas lesbiennes du coup ?

En fait, personne n’est prêt à entendre notre argumentaire égalitaire et politique sur la place des personnes assignées femmes dans la société. On ne tape pas une femme parce que c’est un être inférieur, c’est tout. Et on se fait payer des verres parce que, quand même, ce qu’on a vécu est terrible, on doit être toutes bouleversées, « tiens, tu veux fumer une clope avec moi ? », « tiens, tu voudrais pas qu’on se fasse un resto un de ces quatre ? ». Oui, nous sommes bouleversées, comme tout le monde devrait l’être dans cette petite pièce. Quand on essaie de ramener notre état de choc à ses raisons objectives, à savoir que nous sommes entrées dans ce bar pour boire un coup entre personnes et que c’est notre état de femme qui a prévalu dans tous les rapports sociaux qui en ont découlé, on devient des féministes, des communistes, on exagère, on sur-réagit, on sur-interprète… et peut-être même qu’une partie – sinon tout – de ce qui nous arrive est de notre faute. Un autre registre sexiste est activé, celui qui consiste à nous faire passer pour des extrémistes castratrices et donc à faire passer cette histoire pour une anecdote rigolote, dont le sens profond est nié. Ce n’est pas sans rappeler une certaine hystérie : maladie longtemps considérée comme féminine, elle médicalise et naturalise la perte des moyens, ce qui évite de s’interroger sur les ressorts sociaux de toute forme d’expression de la colère. Il est troublant de voir à quel point, dans l’imaginaire des hommes ET des femmes, émerge une figure de la féministe radicale complétement folle qui permet finalement d’évacuer toute réflexion sur les rapports sociaux de sexe et de genre… et de continuer sa soirée, sa vie, tranquillement, comme si rien n’était.
Donc trois registres : un registre sexiste « classique » de la femme-objet, un registre sexiste de la protection associé à la mère et la sœur, un registre sexiste anti-revendication féministe ramené à la figure féminine de l’hystérie. Si tu te défends en soirée parce que tu n’as pas envie de coucher avec un garçon (ou que ta pote ne veut pas), tu es forcément féministe, communiste ou lesbienne (ou les trois à la fois !). Tu n’as donc pas toute ta tête. L’occupation des espaces a envenimé le tout : la décision de s’attabler au comptoir, alors occupé en grande majorité par des hommes, a constitué aux yeux de certains une transgression amusante, érotique, synonyme de disponibilité sexuelle. Notre installation dans un recoin nous a donné une vague impression de sécurité, deux murs qui faisaient de cet espace un petit monde tranquille, mais force est de constater qu’ils se sont retournés contre nous, les cons. Ils nous ont dépossédées momentanément de notre liberté de mouvement, ce qui a poussé Enf à lancer un assaut « SOS espace vital ». Alors, on fait quoi ?
De notre côté, nous nous sommes jetées dans la barrique de bière de l’oubli et avons mangé un vieux kebab à 3h30 du matin – oui, je parle bien de ceux qu’on ne mange qu’en état d’ébriété -, ruminant notre aventure. Retour à une soirée classique, ce à quoi tout le monde nous enjoignait. Nous avons cependant tenu à partager cette histoire avec vous tous-tes, nous ne nous en tenons donc pas là. En tout cas, c’est que nous avons voulu dans ce texte.

Vous n’allez (vraiment) rien dire ?

Il est possible de mourir dans l’indifférence, dans un 10 mètres carrés à Paris, sans que personne n’en sache jamais rien, sans que personne ne puisse l’empêcher, pour peu que l’on soit nouveau, seul, en galère. Ça n’arrive pas qu’aux vieux.

émeute

Merci au Courant Anarcho-Stal’ pour ce message politique

Mais il est visiblement aussi possible de mourir dans l’indifférence au beau milieu d’une manifestation contre un projet débile dont nous ne ferons pas le résumé ici. Indifférence, tant qu’il y aura des personnes pour regarder la mort d’un manifestant, les bras ballants, sans prendre ses deux jambes, rejoindre le plus proche rassemblement et tâcher de s’organiser avec ses semblables contre les abus dirigés vers [le peuple, les militants, la jeunesse, ceux qui contestent l’ordre établi, ceux qui ont une autre vision du monde, bien souvent la bonne]. La mort, l’agression, qui rejaillissent avec force sur nos visages, comme une giclée de ketchup dans un film d’horreur, ne sont que la face visible d’une violence moins évidente, plus insidieuse mais qui ne s’en exprime pas moins dans les actions de notre quotidien, le rétrécissement de nos espaces de liberté (et de revendication).

Va-t-on, une fois de plus, répondre par la peur et le renoncement à un système qui, depuis longtemps, nous enjoint à avoir peur et à renoncer ? La manifestation s’est vidée ces dix dernières années. On ne veut plus être assimilés aux « gueulards du fond de la fosse », les Français sont des râleurs, les cégétistes et autres cocos sont encore bloqués dans les 80’s, bah, bouh, beurk. Autant de justifications que l’on s’applique comme une baume sur sa mauvaise conscience ou sur les yeux des autres. Si la mort d’un type devait mobiliser plus de doute cartésien que de soutien, banco, dirais-je, pour tous ceux qui instillent le calme politique.

Va-t-on tout bonnement accepter leur propagande, leur argumentaire ? Ils parlent d’attaques dirigées contre les gendarmes. Or, les armes maniées ne sont sensiblement pas les mêmes, les équipements ne jouent pas dans la même cour. Les uns se font matraquer la gueule depuis des semaines, les autres se font secouer en retour, mais c’est leur boulot. Ils sont formés, équipés, armés, relayés régulièrement. Finalement, les uns résistent, les autres répriment : il y a un rapport de domination qu’il n’est pas possible d’inverser par un simple communiqué de presse. Mais, j’entends déjà leur discours siffler dans mes oreilles par des bouches amies qui, feignant d’être rationnelles, attendent que toute l’histoire soit tirée au clair pour juger. Il n’y aura jamais de clair dans cette histoire, as-tu seulement vu l’épaisseur de la brume, cette fameuse nuit, au Testet ? Elle est l’avantage des plus puissants.

pantoufles

… et le Comic sans MS.

En 2005, quand ce jeune des quartiers « sensibles » était mort dans un transformateur électrique, poursuivi par la Police, ça avait provoqué des semaines d’émeutes dans toute la France et la déclaration de l’état d’urgence. Ils étaient à deux doigts de faire intervenir l’armée et les médias étrangers parlaient presque de révolution. Paris is burning, comme ils disaient. A défaut d’avoir communiqué avec de beaux discours, le groupe a manifesté, par les moyens que ses membres avaient collectivement choisis, un ras-le-bol solidaire. Mais dans nos centre-villes, dans nos quartiers étudiants, le bruit des pantoufles couvre celui des bottes.

Je n’ai pas participé à la mobilisation du Testet, je n’ai jamais foutu les pieds dans cette ZAD. Certes, je soutiens complètement les revendications portées par cette lutte parce qu’elles me paraissent relever d’un bon sens dont peu, finalement, semble connaître le secret. Mais là, nous y adjoignons un assassinat perpétré par les représentants de l’État, ce qui, finalement, devrait emporter la colère de milliers de militants des droits de l’homme et autres causes gentilles. Cet événement aurait pu survenir lors de n’importe quelle action, dit-on. C’est un peu vrai (cf. blocage de la gare Matabiau en 2006 ou 7) : la légalité rend la mobilisation plus acceptable et… inutile. Or c’est l’indifférence, le désaveu que nous récoltons en occupant les espaces que la Loi nous réserve pour faire nos cacas nerveux. En même temps, ça fait des semaines entières que les gens de la ZAD se font agresser tous les jours et des semaines que ça n’inquiète pas, que ce soit les pouvoirs politiques centraux, les médias, voire la communauté militante. Le gouvernement a laissé le conflit pourrir, comme il l’a fait pour le mariage gay, comme son ancêtre l’a fait en 86, en faisant s’affonter partisans progressistes et opposants réactionnaires, pendant des mois, dans une atmosphère à vomir. A force de colère, à force de détermination, les coups ne rigolent plus, si tant est qu’ils aient un jour pu rire.

Ce qui nous amène à un mort. Et au silence perturbant de tous.

Ne rien dire, c’est laisser faire. Ne pas prendre position, c’est déjà prendre position.

L’entretien

jeunecadre

Bonsoir ! De combien vous avez besoin tous les mois pour vivre, disons… « correctement » ? Oui, c’est un peu déplacé de demander ça, mais je préfère savoir, parce que je sais ce que j’ai à vous à offrir et je n’aimerais pas que vous nous quittiez parce que ce n’est pas suffisant. Vraiment, ça m’embêterait. Pour vous.

Dans le monde du travail, le champ de ce qui se dit et ce qui se pense a explosé. Exactement comme en politique, où il n’est plus choquant de désigner d’une façon complètement raciste les immigré-e-s comme source de tous les maux ou de dire que les chômeurs sont des tire-au-flanc qui pompent les deniers d’un Etat social aux caisses vides.

Aujourd’hui, on vous dit tout en face : « vous n’êtes pas productif », « vous représentez une souplesse pour moi », « vous êtes ma marge ». On vous le dit en souriant, on attend de vous que vous acquiesciez de la tête, comme une personne qui se réapproprie la situation de son interlocuteur et la comprend. C’est ce signe de tête qu’on fait en général avant même que les personnes n’aient fini leur speech, ce balancement qui dit : « Ne vous inquiétez pas, j’ai tout à fait compris, je suis déjà passée par là ». On le fait souvent pour montrer qu’on est intelligents. On le fait aussi pour exprimer de la compassion ou de l’empathie. Or, je n’ai jamais été patron, je n’en ai jamais eu un seul dans mes cercles sociaux proches et je ne comprends rien à ce besoin de flexibilité qu’il m’impose. Nos intérêts ne convergent pas. Mais j’acquiesce, j’acquiesce.

Finalement, dire que ce sont les frontières du dicible et du pensable qui se sont élargies constitue une belle forme de fuite en avant. Parce que si on refusait que ces choses se disent, elles ne se diraient plus. Si on construisait des argumentaires valables à leur opposer, on pourrait parler d’un débat, par exemple. Il y a sûrement une montée des « extrêmes », une montée des idées anti-sociales, mais il y a surtout un affaiblissement vertigineux des idéologies qui pensent à travers le collectif ainsi que des valeurs de solidarité. Ce sont les frontières de l’acceptable qui se sont étendues, en réalité : on « comprend » les insurrections contre les femmes voilées, on « comprend » que les étrangers soient des bouc-émissaires et on « comprend » les difficultés des patrons, de leurs entreprises. On acquiesce.

J’ai entendu dans une chanson de rap que « le mal œuvre dans l’inaction du bien ». Loin de moi l’idée de m’engager dans un débat éthico-moralo-religieux sur les méchants et les gentils, c’est le mécanisme qui m’intéresse. On acquiesce à un niveau individuel en se disant que cela n’aura pas d’incidence pour le collectif, si tant est qu’on dispose d’une vision de la société ou d’une conceptualisation de l’existence des autres. On ne dit rien parce qu’on dira plus tard. Et puis, un jour, on veut ouvrir la bouche et on est à cour de mots. On ne sait plus quoi dire, les exemples construits dans le secret de notre boîte crânienne n’ont aucun impact et sont terrassés en moins de deux phrases par l’adversaire. Au fond de notre petit esprit, on est toujours convaincu et fier, mais en dehors, on laisse couler le torrent. Pas de panique, ce qui compte est contenu dans la première proposition de la phrase précédente.

Collaborations générales. Nos quêtes de rétributions, toutes natures confondues, nous font tout accepter, et nous croyons lever la tête. Gauchistes contents, il va falloir bétonner nos idées du collectif et nos principes de vie pour bien faire comprendre que ce n’est pas acceptable. Les politicards n’ont pas le monopole de l’idéologie, leur existence ne nous dispense pas de penser, de diffuser, de contaminer et de se défendre, soi et les autres. Car individuel et collectif sont les deux faces d’une même réalité. J’aurais même dit qu’il s’agissait d’une seule réalité que le langage, sous couvert de mathématique, avait décidé de séparer sémantiquement, entraînant inéluctablement la dégradation de cette réalité. J’ai mis de l’eau dans mon vin.

On ne peut pas continuer à barboter gaiement dans le jus d’une société dont l’amertume n’est pas seulement un arrière-goût.

Paris

pariiiis

Paris. Ses bistrots, ses musées, ses histoires, oulala. Un charme qui ne demande qu’à agir.

Paris, t’as failli m’avoir. Paris, t’as presque réussi à me faire rentrer chez moi, par moments. Avec ton immensité, ton indifférence. Je voudrais bien dire ton impersonnalité, mais ce serait faux, car tu es loin de loger tout le monde à la même enseigne. Bien au contraire, tu affûtes les inégalités sociales, tu grossis les écarts, tu mets les gens dans une merde pas croyable, pour le dire en quelques mots. Tu pratiques l’écrémage sauvage, tu fais passer à la trappe, tu fais de l’injustice un programme politique. Et le plus beau, c’est que tu ne fais pas dans la langue de bois, toi, au moins, tu assumes totalement : à côté de toi, la droite décomplexée, comme on l’appelle, apparaît bien scrupuleuse. Si le champ du dicible et du pensable s’est élargi quelque part, c’est bien chez celles et ceux qui te peuplent parce que, bon : « Paris, c’est Paris, tu vois, c’est quand même la capitale, y a de la culture et du travail, on peut bien faire des sacrifices ». Ou bien encore : « Avouez que si vous êtes ici, c’est par pour rien. L’offre est quand même bien meilleure qu’en province ».

Paris, je voudrais bien te dire que t’es tombé sur un os, mais je pense que ce n’est pas vrai. Je ne suis pas vraiment passionnée par ma petite personne et par les froufrous de fierté dont on pourrait se vêtir à la moindre occasion. Ça fout la merde aux yeux, pardon pour l’expression. Je pense que les gens s’accrochent, les gens ne renoncent pas. Ceux qui ne peuvent pas aller au-delà de 400€ de loyer devraient déjà être retournés chez eux depuis longtemps. Ce serait bien plus simple, non ? Mais ce ne serait pas bon pour ton image, tout le monde s’empresserait de crier au scandale républicain. C’est vrai que c’est mieux de faire semblant d’accueillir tout le monde à bras ouverts, en se vantant d’un cosmopolitisme gentil, d’une richesse sans pareille dans le monde, déployant dans un geste généreux une corne d’abondance où tous et toutes sont invité-e-s à se désaltérer. Ça permet de cacher certaines vérités, comme les ponts, les rues, les métros qui font office de maison, les budgets qui rétrécissent, la galère. Paris, je voudrais bien t’excuser, te dire que ce n’est peut-être pas ce que tu voulais, mais tu n’es qu’une personnification dans un texte, une figure de style muette qui ne renvoie à aucune existence physique. Tu es une entité lyrique dont je me sers pour appuyer mon propos. Mais je peux te dire qu’au lieu d’enrichir, tu appauvris. Tu creuses ce qu’il y avait déjà de saillant dans les existences les plus fragiles. Tu pousses dans des retranchements, tu obliges à faire l’impensable. Tu réussis si bien que personne n’ira te blâmer parce qu’après tout, « tu n’étais pas obligé-e d’aller à Paris ».

Paris, tu juxtaposes avec les formes (et encore). Je me demande ce que tu serais si on arrêtait les frais.

Paris, je te remercie. Tu me permets de voir qu’il est possible de dissimuler les plus scandaleux affronts sous des tonnes de paillettes, dont tout le monde rêve de se voir couvert. Tu mets devant mes yeux des faits auxquels je ne croyais qu’à moitié. Je passe de surprise en surprise, ça me fait des choses à raconter. On a tous une part de naïveté en arrivant à Paris. Mais la féerie ne prend pas le relais pour tout le monde.

Les paillettes, ça se fout partout, c’est difficile à nettoyer. J’aimerais bien que tu arrêtes.

http://www.rue89.com/2013/10/30/appart-contre-sexe-encore-si-avait-violee-dit-police-247060

 

Pardon

Des fois, tu écoutes une chanson et tu as l’impression que tout le monde se précipite à ton chevet avec des trompettes et des violons. Ou tu aimerais bien. Il y aurait des gens qui feraient de la danse classique en combinaison moderne. Ouais, ouais, comme dans les clips de indie shit où les gens sont à la campagne et sont satisfaits du monde dans lequel ils vivent.

http://grooveshark.com/s/Touch+feat+Paul+Williams/59azdG?src=5

If love is the answer, you’re home. La douleur des gens n’est-elle pas terrible ? Et la sensation de ne pas les comprendre, et de ne pas les avoir compris.

Mais putain, mais qu’est-ce que vous faites ? C’est comme si je disais : « ab surdo ergo sum est ». Ça n’a pas plus de sens.

Je ne suis pas d’accord.

ParisEEUUDans la nuit de ce mercredi, les réseaux sociaux boliviens se sont enflammés. L’avion du Président de l’État Plurinational de Bolivie, Evo Morales Ayma, s’est vu interdire le survol des espaces aériens de la France, du Portugal et de l’Italie, et a dû atterrir en urgence à Vienne, en Autriche. Il avait assisté, avec son homologue vénézuélien Nicolas Maduro, au sommet mondial des pays producteurs de gaz, et il rentrait tranquillement au pays. Tout à coup, les informations ont fusé de tous côtés, les unes en français, les autres en espagnol, parfois différentes, parfois contradictoires. Les détails ont peu d’importance quand un attentat aussi flagrant à la souveraineté d’un État se produit. Même si les autorités en question se sont empressés de justifier le blocage par un problème technique, la véritable raison a vite vu le jour : elles pensaient qu’Edward Snowden, la ‘taupe’ qui a révélé un nouveau scandale d’espionnage international de la part des Etats-Unis, était dans l’avion. Les autorités sur place ont voulu fouiller l’engin : Evo Morales Ayma s’y est opposé, affirmant qu’il n’était pas un « délinquant ». Les réactions de ses homologues régionaux ne se sont pas fait attendre : Rafael Correa (Equateur), José ‘Pepe’ Mujica (Uruguay), Cristina Fernandez de Kirchner (Argentine)… Tous ont fermement condamné la nouvelle et ont appelé à une réunion urgente de l’UNASUR. Mon récit apparaîtra certainement comme incomplet, et j’invite tous les lecteurs à prendre connaissance des liens en fin d’article (ou à en proposer, toute information complémentaire étant bienvenue).

Je trouve cela extrêmement scandaleux. Nous avons sous nos yeux, dans un premier temps, la preuve ultime, la plus flagrante, de la prise de position de pays européens comme la France dans le jeu des relations internationales : ils ont choisi le bloc impérialiste. Cela faisait un petit moment que je voulais écrire sur l’impérialisme française, qui m’a l’air plus subtil que celui des Etats-Unis, tant il joue sur la culture, l’influence, l’histoire et le patrimoine millénaires… Mais j’évoquerai ces aspects-là dans un autre article, préférant réagir à l’actualité. Ce sont les ambitions colonialistes du ‘Vieux Continent’ qui resurgissent avec cet incident, emmenant avec elles une certaine vision des relations internationales. Si l’on en croit le droit international, qui a mis des décennies à émerger et à exister, personne ne peut arrêter l’avion d’un Président, il jouit d’une immunité totale, quelque soient les personnes à l’intérieur. Il n’y a qu’à demander aux gouvernants européens et américains : telle mesure d’arrêt ne s’est jamais appliquée à eux, et si cela s’était produit, c’eut été un grand scandale. L’avion d’Evo Morales Ayma, dépositaire du vote de 10 millions de Boliviens, est resté à l’arrêt près de 13 heures dans cet aéroport, comme s’il s’agissait d’un terroriste : ce n’est pas de cette façon qu’on traite un président, ni même de cette manière qu’on arrête quelqu’un qui est simplement suspect. On a simplement considéré que cet avion n’était pas important, que ce président n’était pas important et que la Bolivie n’était pas un pays important. Ces conclusions ont fondé et permis l’immobilisation de l’avion. En plus d’être un acte de dénigrement complet à l’égard d’un État souverain et digne, c’est une erreur diplomatique débile. Complètement débile.

Laisser l’avion passer, comme passent tous les avions, n’allait pas engendrer une crise diplomatique avec les Etats-Unis. Des pays comme la France ont déjà su s’imposer face aux Etats-Unis, notamment en 2001, contre la guerre en Irak. Par contre, empêcher l’avion de suivre sa route a provoqué un incident sans précédent avec la Bolivie, et risque bien de s’étendre à l’Amérique Latine toute entière. Il ne reste plus qu’à attendre les déclarations communes qui résulteront de la réunion de l’UNASUR, ce 4 juillet, à Cochambamba, en Bolivie. Tout porte à croire que les dirigeants de la région réagiront d’une même voix et avec la même force, face à l’agression : les pays d’Amérique Latine sont au même niveau que les autres, ils ont le même poids et personne n’a le droit de traiter leurs représentants comme des voleurs. De fait, il serait plus plaisant, pour le bloc impérialiste, d’avoir à sa disposition des pays qui se taisent, qui se soumettent, qui continuent à avoir un rôle de second plan à l’international et à offrir leurs ressources en échange de rien. Non, parce que ces peuples ont pris conscience, parce qu’ils ont pris le chemin de la démocratie et parce qu’ils ne se laisseront plus envahir par des tiers.

La France (tout comme les pays qui se sont empêtrés dans cette affaire) donne un drôle d’image au monde entier : un pays complètement disposé à se soumettre. Avec une facilité déconcertante. Obsédée par la bonne marche de ses relations avec les Etats-Unis, elle a préféré compromettre ses liens de coopération avec l’Amérique Latine. C’est un signal fort, en termes de relations internationales : cet incident restera dans les mémoires comme le jour où les pays européens ont fait plus que collaborer avec les Etats-Unis pour leurs intérêts propres. Ces pays sont désormais clairement prêts à obéir. Ils sont prêts à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre la main sur Edward Snowden, ce garçon qui a simplement fait son devoir de citoyen… : cesser de coopérer avec un système qui détruit les libertés individuelles et collectives des autres pour consolider les siennes, montrer au monde, comme le fit Julian Assange avec Wikileaks, que les Etats-Unis cimentent et développent leur hégémonie, coûte que coûte. Et ce n’est pas simplement une rumeur issue de la théorie du complot ou des élucubrations des franc-maçons.

 Pour conclure, je citerais quelques phrases d’un discours du Commandant Hugo Chavez : il disait que, derrière les dirigeants européens, il y avaient des peuples. Ça disait quelque chose comme : « Espérons qu’un jour, ces peuples se réveillent… ». Aujourd’hui, j’ai honte, et je ne pense pas être la seule. La diplomatie d’un pays ne reflète pas systématiquement la pensée de milliers de citoyens : en tout cas, cette diplomatie-là ne me représente pas. C’est un incident de plus, dans le wagon des réformes libérales et d’austérité que ces dirigeants imposent à leurs peuples. D’ailleurs, nous remarquerons qu’ils ne les sollicitent que très peu. Et quand ils les écoutent, c’est d’une oreille sourde, qui les renvoie assez rapidement à leurs places, en continuant leurs politiques. Il n’est pas rare, à mon sens, que les autorités françaises, portugaises et italiennes aient mis des bâtons dans les roues à l’un des dirigeants les plus progressistes de la planète. C’est que, quelque part, le vent pourrait emporter avec lui les graines du changement, et les planter en Europe, ce ‘Vieux Continent’, où des milliers de jeunes se fanent, touchés par le chômage, la crise des financiers, l’indifférence politique… Ils construisent (et attendent) une alternative politique.

J’aimerais que les Françaises et les Françaises qui condamnent l’attitude de leur pays le fassent publiquement, en commentant ce post et en envoyant un mail à mcringarde@riseup.net. Soyons nombreux à démonter cette image que la France veut donner de nous.

No estoy de acuerdo.

ParisEEUUEn la noche del miércoles, las redes sociales bolivianas prendieron fuego. El avión del Presidente del Estado Plurinacional de Bolivia, Evo Morales Ayma, se vió prohibir el acceso a los espacios áereos de Francia, Portugal e Italia y tuvó que aterizar de emergencia en Viena, Austria. Habia asistido, con su par de Venezuela Nicolas Maduro, a la cumbre mundial de los paises productores de gas y retornaba al país. Llegaban noticias por todo lado, unas en francés, otras en castellano, afirmando cosas distintas y a veces contradictorias. En fin, poco importan los detalles cuando semejante atropello a la soberanía de un país se produce. Aunque pretextaron problemas técnicos, las autoridades europeas sospechaban que Edward Snowden, el dicho ‘topo’ norteamericano quién reveló otro escándalo de espionaje internacional por parte de Estados Unidos, este a bordo de la nave. Quisieron hacer una inspección del avión : Evo Morales Ayma se opusó diciendo que no era un « delicuente ». Empezó a comunicarse con sus homólogos de Ámerica Latina : Rafael Correa (Ecuador), José ‘Pepe’ Mujica (Uruguay), Cristina Fernandez de Kirchner (Argentina)… Todos condenaron con mucha fuerza lo que estaba sucediendo y convocaron a una reunión urgente de la UNASUR. Mi relato sera seguramente incompleto pero uno puede enterarse de los detalles haciendo click en los links al final del texto (y él quién quiera proponer mas información, bienvenido).

Me parece sumamente escandaloso que esto haya pasado. Primero, porque es la prueba última, la mas evidente, de que la Unión Europea, y Francia mas que todo, tomó posición : forma parte del bloque imperialista. Hace mucho tiempo que quería escribir sobre el imperialismo francés que es, tal vez, un poco mas subtil que el norteamericano, porque viene con su cultura, con su influencia, con su historia milenaria… Pero hablaré de estos aspectos después, ya que mi opinión se centra en lo mas actual. Con este hecho resurge una historia marcada por las ambiciones colonizadoras del mal-llamado ‘Viejo Mundo’ (y lo explicaré después), resurge cierta visión de las relaciones internacionales. Según las normas internacionales, cuyas necesitaron años para construirse y fortalecerse, no se puede parar a un avión presidencial, tiene imunidad total y puede llevar a quién quiera. Pregunten a los presidentes europeos o norteamericanos : nunca les ocurrió y si hubiese pasado, habrian hecho un escándalo total. El avión de Evo Morales Ayma, representante de 10 millones de bolivianos, se quedó 13 horas parado en este aeropuerto, como si fuera un terrorista : esto no es un trato para un presidente, nisiquiera es un trato para una persona solamente sospechada. Simplemente, se consideró que este avión no era importante, que este presidente no era importante y que Bolivia no era importante. Con estas conclusiones, se otorgaban el derecho de pararlo. Además de ser un acto de desprecio total hacia un país digno y soberano, es un error diplómatico tonto. Muy tonto.

Dejar que viaje el avión, como viajan todos los aviones, no iba a provocar una crisís diplómatica con Estados Unidos. Paises como Francia ya se opusieron a la política de Estados Unidos, notablemente rechazando la guerra de Irak en 2001, no hagan creer al pueblo francés que no se puede decirle que no. Sin embargo, parar el avión del Presidente boliviano provoca un incidente muy grave con este país, y esta a punto de extenderse a toda Ámerica Latina. Uno vera las declaraciones públicas que se daran a conocer al finalizar el encuentro de la UNASUR, este 4 de julio en Cochabamba, Bolivia. Pero todo hace pensar que los mandatarios de la región actuaran con unidad y firmeza ante la agresión : los paises de Ámerica Latina son paises al mismo nivel que los otros, tienen el mismo peso, y no se puede tratar a sus representantes como ladrones. De hecho, al bloque imperialista le gustaría que los paises dichos ’emergentes’ sigan callados, sometidos, que sigan desempeñando un papel mínimo en las relaciones internacionales y que sigan entregando sus recursos naturales a cambio de nada, como se hacían hace decádas atras. No, porque los pueblos son mas concientizados, eligieron el camino de la democracía y nunca mas permitiran que sus territorios sean invadidos por tercios.

Francia (y los otros paises involucrados en este asunto) acaba de mostrar al mundo entero que esta dispuesta a someterse. Con una facilidad muy preocupante. Como obsesionada con sus relaciones con Estados Unidos, prefirió comprometer sus vinculos con Ámerica Latina, y toda la cooperación que esta desarrollando con ella. Es una señal muy fuerte en términos de relaciones internacionales : esta fecha quedara en la historia como el símbolo de que los paises europeos no simplemente les echan una mano a Estados Unidos, cuando hay un interés para ellos detrás. Significa que estan listos a obedecer en cualquier momento. Siendo francesa, me da mucha vergüenza y rabia sentir que mi país actua de esta forma. Estan listos a hacer todo lo posible para entregar a Edward Snowden, un chico quién solamente cumplió con su deber de ciudadano : dejar de colaborar con un sistema que destruye las libertades individuales y colectivas de los demás para hacer vivir las norteameriacanas, mostrar al mundo entero, como lo hizó Julian Assange con Wikileaks, que Estados Unidos quiere ser hegemónico, cueste lo que cueste, y que esto no es solo un rumor sin fundamentos.

Para terminar, quisiera recordar las palabras del Comandante Hugo Chávez, quién decía en uno de sus discursos que detrás de los gobernantes europeos, hay pueblos. Decía algo como : « Ojála estos pueblos despiertan… ». Hoy, siento mucha vergüenza y estoy segura de que no soy la única. La actitud diplomática de un país no refleja el pensamiento de miles de ciudadanos : por lo menos, yo no me siento representada por ella. Este hecho es un hecho más dentro de las reformas liberales y las recetas de austeridad que los gobernantes europeos tratan de imponer a sus pueblos. Refleja la dirección que estan eligiendo estos dirigentes, que poco consultan al pueblo. Y cuando lo consultan, lo escuchan con una oreja sorda, antes de despedirlo y de seguir con sus políticas. No es nada raro que traten de obstaculizar a los mandatarios mas progresistas del mundo, a los que implementan y desarrollan procesos de cambio a lo largo y a lo ancho del planeta. Es que el viento podria llevarse las semillas de estos cambios para sembrarlos en Europa, un ‘Viejo Mundo’ por lo tanto repleto de jóvenes desesperados, desempleados, primeros afectados por una crisís del mundo financiero y a la espera de una alternativa política.

Quisiera que las francesas y los franceses que rechazen esta actitud se manifiesten y firman este texto, mandando un e-mail a mcringarde@riseup.net. Seamos muchos y numerosos.

http://www.telam.com.ar/notas/201307/23454-francia-y-portugal-rechazan-el-avion-de-evo-y-en-bolivia-sospechan-que-es-por-el-caso-del-ex-agente-snowden.html

http://www.telam.com.ar/notas/201307/23481-el-avion-de-evo-morales-abandono-viena-tras-una-escala-forzosa-de-mas-de-13-horas-en-europa.html

Cyrine Gardes – Jovén periodista.

Televisoras publicas de America Latina : unidas !

El 6 y 7 de junio, representantes de medios televisivos publicos se reunieron para intercambiar conceptos de trabajo y experiencias. Bolivia, Chile, Peru, Colombia, Venezuela, Cuba… Fueron en total 12 paises, quienes firmaron una carta de intencion en conclusion del encuentro. El mensaje queda claro : los medios latinoamericanos siguen el camino de la integracion regional, como lo hacen los dirigentes politicos, y se compremeten en cooperar entre si, con el objetivo de proponer programaciones de vanguardia, ilustrando la diversidad del continente.

La nota llega con retraso, pero llego. Mil disculpas a los francesitos que no hablan castellano, traten de entender, no es tan dificil !